Les « bonnes » et les « mauvaises » victimes: Anne Frank et Christiane Fatout

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Vous me voyez ci-dessus à Montmartin-sur-Mer (Manche), devant la tombe de la famille Fatout. J’avais découvert leur histoire en 1992, alors que je préparais un article sur les bombardements alliés meurtriers de l’été 1944.

Le destin de Mlle Fatout

Dans son témoignage écrit sur la destruction de Coutances, un sauveteur, Alexandre Caillet, racontait que cinq jours après la bombardement, des Allemands venus déblayer avaient retrouvé, dans une cave, plusieurs personnes, dont une vivante.

La jeune fille, précisait-il, était restée enfermée cinq jours avec les cadavres de sa mère et son petit frère Roger et de ses deux sœurs, Monique et Christiane. « Quand on la retira de là, écrivit-il, elle était devenue folle et elle mourut deux mois plus tard. »

Cette histoire m’avait profondément ému ; j’en ai parlé à plusieurs reprises dans mes écrits et mes vidéos.

En 2026, avec ma collaboratrice, nous avons enquêté. Nos recherches nous ont mené au cimetière de Montmartin-sur-Mer où nous avons finalement retrouvé la tombe de la famille Fatout.

En l’examinant avec minutie (car les noms sont difficilement lisibles), nous avons découvert qu’Alexandre Caillet avait commis une erreur : la jeune fille retrouvée vivante, c’était Christiane. Elle était restée enfermée cinq jours avec sa mère, son frère et sa sœur. Cinq jours dans une cave en compagnie de trois cadavres, sans savoir si l’on en sortira. L’horreur!

Âgée de 18 ans, Christiane est morte le 28 août 1944, donc deux mois après son sauvetage. Sur ce fait, Alexandre Caillet avait raison. J’en déduis qu’effectivement, la pauvre rescapée était devenue folle, ce que l’on comprend aisément. De quoi est-elle morte ? Refus de s’alimenter, suicide… ? Nous l’ignorons.

Le père, absent le jour tragique, est mort en 1970. Seul, visiblement, car son corps à rejoint celui de son épouse et de ses enfants, morts des suites du bombardement.

L’histoire de cette famille devrait être connue. Elle symboliserait l’horreur des bombardements massifs. Plus précisément, Christiane Fatout, devrait symboliser, pour les bombardements, ce qu’Anne Frank symbolise pour la déportation. Celle-ci mourut du typhus en 1945 à Bergen-Belsen ; celle-là mourut de folie à Montmartin-sur-Mer en 1944.

Les « bonnes » et des « mauvaises » victimes

Seulement voilà: il existe des « bonnes » et des « mauvaises » victimes. Anne Frank a ses rues, ses squares, ses monuments et ses établissements scolaires. Des films et des livres lui ont été consacrés. Sa maison familiale, à Amsterdam, est devenue un musée. De la victime Christiane Fatout, il ne reste rien qu’une mention dans le témoignage (erroné) d’un sauveteur et qu’une tombe abandonnée dans un village de la Manche.

Le 27 janvier 2017 encore, pour l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, « 163 élèves de première et terminale du lycée Lebrun, à Coutances, ont lu, durant toute la journée, les noms de 44 156 personnes. Pour un quart, les noms des enfants juifs déportés de France, identifiés par Serge Klarsfeld » (Libération d’Auschwitz : l’hommage bouleversant des lycéens coutançais ).

Ces élèves coutançais connaissent Anne Frank; mais demandez leur qui est Christiane Fatout, et aucun ne saura vous répondre.

Plus généralement, demandez-leur s’ils ont lu des témoignages sur le bombardement de leur ville en juin 1944, je suis persuadé qu’ils vous répondront par la négative.

« Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » Cette citation de George Santayana est très souvent reprise par les promoteurs de la Mémoire.

Pour ma part, j’affirme : « Ceux à qui l’on inculque une fausse mémoire sont condamnés à ne plus être eux-mêmes et, le cas échéant, à disparaître. » D’où l’importance essentielle du combat révisionniste.